28/12/2010

KOSOVO:L'HERITAGE CHRETIEN DE L'EUROPE RISQUE DE DISPARAITRE

 

Kosovo

A l’approche de la fête de la Nativité, quelques hebdomadaires consacrent de très intéressants et pertinents dossiers sur le sort des Chrétiens des confins de l’Europe, du Moyen-Orient, de l’Asie jusqu’à l’ile de Cuba. Dans son message annuel pour la Paix, le 1er janvier, le Pape Benoit XVI va appeler les responsables politiques à «  mettre fin à toute brimade contres les chrétiens ». Il rappellera que les chrétiens constituent le groupe religieux le plus persécuté à cause de sa foi. L’Archimandri kosovare Visoki Decani* porte un témoignage fort sur la réalité d’un Kosovo pluriethnique, voulu par la France, l’UE et les États-Unis en 2008, qui est un leurre. Le Kosovo est en passe de devenir un pays monoreligieux. L’utopie occidentale n’aura pas survécu aux faits sur ce territoire du bout de l’Europe. De même la réciprocité entre les pays de culture chrétienne et les pays musulmans est une utopie, dans ce domaine ne règne que l’unilatéralité dont nous sommes les ingénus servants.

 

Quelle est la situation actuelle des Serbes au Kosovo ?

Sava Janjic. – Les violences contre les Serbes du Kosovo ont baissé depuis quelques années, mais ils ne disposent que d’une liberté très relative en dehors des enclaves où ils sont regroupés. Leurs droits sont limités et ils subissent toujours des harcèlements verbaux et parfois physiques. Surtout, il nous est impensable de vivre sans protection internationale, car rien ne garantit que ne se reproduise une flambée de violences comme celle de mars 2004, quand 35 églises ou cimetières orthodoxes ont été détruits en deux jours. A l’époque, la situation paraissait calme et la ville de Prizren était un modèle de tranquillité et un symbole de société multiethnique : en quarante-huit heures, tous les Serbes de la ville ont été expulsés, la résidence de l’évêque et les églises brûlées… Si certains sanctuaires sont en cours de reconstruction, trois monastères sont toujours en ruines. Et des centaines de cimetières ont été dévastés et sont laissés à l’abandon. Malgré les grands discours officiels sur le Kosovo multiethnique, la vérité est que le pays est un Etat de plus en plus monoethnique et une société monoreligieuse : en dix ans, 150 sites sacrés chrétiens ont été détruits ou endommagés. 

 

Quelle est, plus précisément, la situation du monastère de Decani, dont vous êtes l’archimandrite ?

Fondé en 1327, il est un des monastères orthodoxes serbes les plus importants des Balkans. Il abrite 30 moines et novices. En 1999, durant la guerre du Kosovo, nous avons accueilli de nombreux réfugiés albanais. Malgré cela, et en dépit de la présence de troupes de protection internationales, le monastère a été attaqué à quatre reprises par des extrémistes albanais : trois fois au mortier et une fois au fusil lance-roquettes ! La raison en est que ce monastère, comme d’autres lieux chrétiens sacrés du Kosovo, symbolise la présence historique et religieuse des Serbes dans la région depuis plusieurs siècles. Ceux qui souhaitent un Kosovo purement albanais et musulman ne le supportent pas.

 

Avez-vous récemment été victime d’exactions ou de violences de la part d’Albanais ?

L’atmosphère générale est plus apaisée, mais il existe de nombreuses discriminations contre les Serbes restés au Kosovo : menaces verbales, blocages administratifs, etc. Lors de la prise de fonction du nouveau patriarche de notre Eglise, Irinej, en octobre dernier, à Pec, des dizaines de voitures appartenant aux pèlerins venus y assister ont été attaquées à coups de pierre. Il y a eu aussi une recrudescence de destructions de stèles et de tombes chrétiennes dans les environs. Le Kosovo demeure une société instable pour les non-Albanais et, sans une vraie démocratie, les Serbes et les autres communautés resteront la cible des extrémistes locaux.

 

Octroyer aux monastères et aux églises orthodoxes du Kosovo un statut d’extraterritorialité permettrait-il de mieux protéger les non-Albanais ?

Ces lieux de culte ont besoin d’un statut spécial garantissant leur protection institutionnelle en tant que symbole de l’héritage chrétien de l’Europe. Cela devrait être considéré comme une obligation pour l’Union européenne et les Etats de la région. Sinon, le souvenir de l’héritage chrétien dans cette partie de l’Europe va peu à peu disparaître, et il en sera de même un jour en Europe centrale… Certains de ces lieux ont survécu à des siècles d’occupation ottomane et à deux guerres mondiales, et il nous revient la grande responsabilité d’empêcher qu’ils ne disparaissent par notre négligence ou notre indifférence.

 

Avez-vous une prière particulière, à Noël ?

Je prie humblement pour que le peuple français ne cesse jamais de penser aux chrétiens qui souffrent dans le monde. Ce qui fait notre humanité et nous rapproche du Christ, c’est notre esprit de compassion et de solidarité. Tant que cet esprit-là survit, l’espoir ne meurt jamais.

 

02:15 Écrit par Beno | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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