26/02/2009

Silence

img_header[1]

 Ca s’est imposé à moi hier soir, en fait « mardi gras ». Suite aux réactions des humains auxquels je me sens étranger,  je souhaite porter mon effort de carême sur le silence. Ce thème du silence avait résonné en moi lors d’une retraite à mon abbaye préférée, et un frère moine m’avait bien aider à comprendre ce que je vivais ce week-end là au monastère, sans en être pleinement conscient. En fait, le silence, pour quoi faire ? Tant de nos contemporains se fourvoient dans la recherche d’eux-mêmes, par des méditations non chrétiennes, il pensent accéder à l’harmonie avec eux ou avec le « grand tout », bref, tout ce qui démontre l’individualisme exacerbé qui a succédé à la solidarité et à la communauté. Le silence chrétien a un but opposé : il s’agit de faire silence d’abord pour ne pas gêner l’autre (ceci est particulièrement vrai dans un monastère pour les frères). 

3%202%20cloitre%2041(1)[1]

Ensuite, le silence permet d’entendre l’autre, d’écouter ce qu’il a à nous dire, de cesser de penser comme ça m’a agacé de l’entendre récemment de plusieurs personnes qu’on peut tout soit même et que nous avons en nous les moyens de réagir pour nous adapter aux situations. Non ! Penser que je n’ai pas besoin des autres, c’est de l’orgueil. Or c’est la tendance occidentale actuelle : le self made man à l’américaine ! Oh, non !

Au contraire, le silence, en quelque sorte, libère un espace en moi pour l’autre, pour les autres, pour le Tout-Autre, Notre Dieu et Seigneur Jésus-Christ. Bien sûr que cela libère aussi un espace pour nous-mêmes , sinon je ne me mettrais pas à jeter sur le papier avec rapidité des phrases et des phrases qui ne me viennent à l’esprit que parce que je suis dans une retraite silencieuse ! Tant mieux, ça sert aussi à ça ! Mais vous voyez que ça va bien plus loin que toutes les tendances orientalisantes à la mode qui conduisent les gens dans des impasses et ils ne s’en aperçoivent même pas hélas. Le silence chrétien est ouverture, disponibilité et écoute.

eglise%20encens%202[1]

Alors comme je ne suis pas moine, comme je ne pourrais sans doute même pas vivre une retraite avant un certain temps, comment tenir cet effort de carême que je me suis fixé ? Cava être difficile, il faudra que j’y pense tous les jours, plusieurs fois. Moi qui suis bavard, je vais donc commencer par essayer d’écouter ceux qui me parlent. J’ai la capacité de faire en même temps plusieurs choses : faire quelque chose et parler d’autre chose tout en écoutant une ou plusieurs conversations etc… mais je vais essayer d’être plus attentif à chacun, en commençant par le laisser s’exprimer vraiment et en l’aidant si besoin est à être écouté par d’autres qui n’écoutent que mêmes (ça c’est encore plus dur !). Dans la prière, le silence est l’écoute de Dieu, mais plus que l’écoute : accueil de son amour.

L’écoute des autres, de Dieu et de soi, ce sont bien le jeûne, la prière et l’aumône réunis.

Et vous, quel sera votre carême ?

 

 

02:17 Écrit par Beno dans Général | Lien permanent | Commentaires (4) |  Facebook |

Commentaires

Après ce que j'ai vécu ces dernières 36 heures, je confirme ce que tu dis: nous ne sommes pas de ce monde.

Écrit par : Georges | 26/02/2009

Je pense à ce que tu viens de dire. Parfois ça s'applique bien. Mais parfois, c'est l'inverse. Oui, souvent un silence peut blesser dix fois plus qu'un mensonge.

La question que tu te poses m'interpelle, car nous nous trouvons dans la même situation. Plus exactement, un carnivore DEVRAIT IMPÉRATIVEMENT devenir végé ne fut-ce que pendant le carême: toute la Tradition en témoigne. Mais nous, qui le sommes d'ordinaire, que devrions-nous faire?

En principe, j'ai pensé être plus assidu à l'office divin. Je prie vêpres et matines tous les jours, mais je me suis dit qu'en carême, je pourrais finir l'office par une litanie.

Mais au bout du compte, je crois que mon carême, je l'aurai chez le dentiste. À part cela, j'ai pris une résolution carémique inhabituelle: dormir. Ce n'est pas facile, mais j'essayerai, avec la grâce de Dieu.

Écrit par : Georges | 26/02/2009

" Ecouter " d'André Gromolard Ecouter

Ecouter est peut-être le plus beau cadeau que nous puissions faire à quelqu'un...C'est lui dire, non pas avec des mots, mais avec ses yeux, son visage, son sourire et tout son corps:

Tu es important pour moi, tu es intéressant, je suis heureux que tu sois là...

Pas étonnant si la meilleure façon pour une personne de se révéler à elle-même, c'est d'être écoutée par une autre!

Ecouter, c'est commencer par se taire... Avez-vous remarqué comment les "dialogues" sont remplis d'expressions du genre : " C'est comme moi quand..." ou bien " Ca me rappelle ce qui m'est arrivé..." Bien souvent, ce que l'autre dit n'est qu'une occasion de parler de soi.

Ecouter, c'est commencer par arrêter son petit cinéma intérieur, son monologue portatif , pour se laisser transformer par l'autre. C'est accepter que l'autre entre en nous-même comme il entrerait dans notre maison et s'y installerait un instant, s'asseyant dans un fauteuil en prenant ses aises.

Ecouter, c'est vraiment laisser tomber tout ce qui nous occupe pour donner tout son temps à l'autre. C'est comme une promenade avec un ami : marcher à son pas, proche mais sans gêner, se laisser conduire par lui, s'arrêter avec lui, repartir avec lui, pour rien, pour lui.

Ecouter, ce n'est pas de chercher à répondre à l'autre, sachant qu'il a en lui-même les réponses à ses propres questions. C'est refuser de penser à la place de l'autre, de lui donner des conseils et même de vouloir le comprendre.

Ecouter, c'est accueillir l'autre avec reconnaissance tel qu'il se définit lui-même, sans se substituer à lui pour lui dire ce qu'il doit être.C'est être ouvert à toutes les idées, à tous les sujets, à toutes les expériences, à toutes les solutions, sans interpréter, sans juger, laissant à l'autre le temps et l'espace de trouver la voie qui est la sienne.

Ecouter, ce n'est pas vouloir que quelqu'un soit comme ceci ou comme cela, c'est apprendre à découvrir ses qualités qui sont en lui spécifiques. Etre attentif à quelqu'un qui souffre, ce n'est pas de donner une solution ou une explication à sa souffrance, c'est lui permettre de la dire et de trouver lui-même son propre chemin pour s'en libérer.

Ecouter, c'est donner à l'autre ce que l'on ne nous a peut-être jamais donné : de l'attention, du temps, une présence affectueuse.

André Gromolard

- " Le silence est une des formes les plus perfectionnées de l'art de la conversation.
(William Hazlitt)

- " Le silence est le plus haut degré de la sagesse."
(Pindare)

- " Le commencement de bien vivre, c'est de bien écouter."
(Plutarque)

Alors, écoutons ceux qu'on aime, ceux qui souffrent, ceux qui ont quelque chose à dire : c'est le plus beau cadeau que nous puissions leur faire !!





Écrit par : Doniscia | 26/02/2009

Je te souhaite un bon et saint carême.
Effectivement si la parole est d'argent, le silence est d'or.

Écrit par : Elie-Marie | 27/02/2009

Les commentaires sont fermés.