20/04/2006

SUIVRE SA VOCATION

Un fois n’est pas coutume, je publie ce soir un commentaire de Florent sur « homophobie épiscopale », car je me sens proche de ce qu’il écrit, tant au sujet de la foi que de l’homosexualité, même si bien sûr, nos vécus sont différents.

A ce titre, son témoignage sincère de la vie religieuse est particulièrement intéressant, et celui de sa vie de couple poignant.

 

  • Joël a une problématique juste : ce n'est pas parce qu'une chose ne nous arrange pas qu'elle est ipso facto légitime. Vouloir suivre le Christ en refusant son joug n'est pas possible.
    * La question est donc de savoir vivre l'homosexualité est, selon l'enseignement du Christ, légitime. On a toujours pensé que non.
    * Mais on pensait aussi (Paul p.ex) que l'homosexualité était une perversion, donc un choix pour un plaisir plus épicé (sodomie) ou pour éviter une conception.
    * Question adjacente : on a longtemps pensé aussi que la vie de chasteté était un état supérieur à la vie conjugale ; supérieur en ce sens qu'elle rapprochait davantage de Dieu. "Si tu veux être parfait...", souvenez-vous.
    * Certains jeunes qui flairaient en eux-mêmes (sans toujours en être conscients) un attrait homosexuel foncier voyaient alors dans la vie consacrée, surtout la vie sacerdotale, un moyen de sublîmer leur tendance ; un assez grand nombre sont donc devenus prêtres avec la résolution de vivre chastement.
    * Beaucoup y sont parvenus. Je parle d'expérience: j'ai fait voeu de chasteté de 19 à 29 ans, chez les jésuites, et j'ai respecté ce voeu, même solitairement. Autour de moi, j'ai deviné ou même su quelques défaillances, mais très, très peu nombreuses ; mon témoignage à moi, sur ce sujet, est un hommage profond à la vie conventuelle chrétienne.
    * Sous Paul VI, l'Eglise a repensé beaucoup de choses dans son enseignement, sa discipline etc. Des théologiens ont fait beaucoup avancer les questions. La souffrance a cessé d'être systématiquement présentée comme une ascèse, un bien, une "façon d'achever ce qui manque à la passion du Christ". Et le mariage chrétien a repris de la valeur "surnaturelle". La terre ne devait plus être "vallée de larmes".
    * Vivant fidèlement mes trois voeux, j'étais, moi, visiblement malheureux. J'ai déjà raconté comment mon Supérieur, au moment de m'envoyer en théologie, a pris sur lui de me signaler que, selon lui, la fidélité à mon premier engagement n'était pas le premier souci que je devais avoir, mais celui du discernement : où serais-je le plus utile à l'Eglise, compte tenu de mon tempérament vif, sensible, original, qui me faisait alors vivre l'appel de Dieu dans la mélancolie ?
    * Rentré "dans le siècle" (après encore deux ans de prière), et toujours fervent, je me suis fiancé quelques fois ; eh ben non, ça n'allait pas. Même mécaniquement. Je ne vais pas faire de dessin. J'ai donc dû décevoir de gentilles filles, à ma grande honte.
    * L'époque voyait aussi sortir en librairie les premières études sérieuses sur l'homosexualité (l'abbé Oraison, p.ex), et Guy Ménard au Canada... Un théologien d'Utrecht aussi se spécialisait là-dedans. C'était par ailleurs le temps de la théologie de la libération.
    * Je n'étais donc plus "religieux", et me devais d'avoir une vie affective normale. Mais cette normalité (un psychiatre me l'a confirmé alors) était chez moi irréductiblement homosexuelle. A suivre le catéchisme traditionnel, il ne me restait qu'à vivre chastement. Etait-ce si sûr ?
    * Je me suis interrogé dans la prière, et ai rencontré un très grand prof de théologie morale, avec cette question : l'homosexualité de quelqu'un peut-elle être dite "une grâce" que lui fait Dieu et qui contribue à Sa gloire, à la venue de Son royaume, à condition qu'elle soit vécue dans la chasteté ? Si oui, je voulais bien porter cette croix.
    * Mais la réponse théologique était: non, c'est au mieux une infirmité; théologiquement, c'est un mal, un mal involontaire, mais un mal objectif.
    * Je conclus. C'est à partir de cette problématique que je pense, avec bien des chrétiens sérieux (Anatrella ne l'est pas), que ma vocation était alors de former un couple fort et fidèle avec un jeune homme. J'ai eu la grâce d'en rencontrer un, après deux ou trois essais malheureux, quelqu'un avec qui je suis resté jusqu'à sa mort.
    * Je je je ... Désolé, cette discussion s'est peu à peu transformée en confidence (publique!). Merci à Benoît de la reproduire ici; avec cet ajout: la seule vérité dont on est sûr est celle qu'on vit et dont on vit.
    * Dernier point : comme le dit l'abbé Pierre, il ne saurait être question de SACREMENT de mariage entre personnes du même sexe, à cause de la Genèse ; mais d'alliance, si. J'en porte une au doigt, qui m'a été donnée par mon ami, un soir, sans aucune cérémonie : nous n'étions que nous deux, avec le Crucifix au-dessus du lit. 

Merci cher Florent, de nous avoir partagé ce qui te fait vivre.

01:14 Écrit par Beno | Lien permanent | Commentaires (10) |  Facebook |

Commentaires

. C'est tendre, humain et réaliste...un beau partage...

Écrit par : Furyo | 20/04/2006

bendebxl.skynetblogs.be Merci de ce partage.
Je suis très ému.
Ton parcours, Florent, est si proche du mien...

Écrit par : Ben | 20/04/2006

chemins merci pour ce témoignage et l'importance des rencontres qui permettent
de bien orienter sa vie

Écrit par : domilyon | 20/04/2006

Émouvant témoignage Ce témoignage de Florent est d'une sincérité émouvante. Je le félicte de nous l'avoir partagé, car il peut servir à bien d'autres! Moi-même, j'y ai trouvé à la fin, ce que je dois dire aux cathogais qui me demandent de bénir leur union: il n'y a pas de sacrement mais il peut y avoir alliance! C'est très fort...

Écrit par : OLAG | 21/04/2006

être vrai Je trouve percutante cette interrogation posée à un "très grand prof" de théologie morale: l'homosexualité de quelqu'un peut-elle être dite "une grâce" que lui fait Dieu et qui contribue à Sa gloire, à la venue de Son royaume .. ? Moi je ne suis pas un très grand ... théologien, j'ai juste accompli un parcours complet de Théologie ... mais je répondrai plutôt oui à cette question. Evidemment l'homosexulaité considérée par certains comme déviance, péché, voire abomination et objet de déchainement de torture de haine et d'éradication ... ne peut supporter le terme de grâce ! Mais je crois que nous sommes ce que nous sommes et que notre relation à Dieu nous demande d'être vrai et de devenir vraiment ce que nous sommes. Et à partir de ce que je suis s'accomplir, trouver sa voie, avec les personnes qu'il me sont données de rencontrer. De tramer ma vie, fusse ma vie affective, y compris avec un autre homme. Depuis toujours je crois j'ai eu au fond de moi cette convicition que l'amour était toujours du côté de Dieu et je ne vois pas pourquoi l'amour homosexuel échapperait à cette règle. Tout homme est une histoire sacrée, son accomplissement aussi tumultueux soit-il n'excluant pas le combat, est invité à prendre sa part dans la Gloire et la Venue du Règne annoncé et promis de Dieu, de paix de bonheur de joie parfaite. Un homme qui aime un homme au point de faire alliance sont aussi signe d'Amour, signe de l'Amour que Dieu a pour tous. Mais je sais bien aussi que la croix .dont tu parles "avec le Crucifix au-dessus du lit" dit aussi bien proche de cette alliance un amour profond et sincère et aussi le combat à devenir ce que l'on est, et du coup à le devenir ensemble ! Merci entout cas de nous faire réfléchir ! Adrien

Écrit par : Adrien | 21/04/2006

Pour OLAG Qui a écrit "Émouvant témoignage" ?
OLAG... J'ai envie de poursuivre cette discution ... Si cela te dit !
Adrien


Écrit par : Adrien | 21/04/2006

Merci! Merci à Florent pour ce beau témoignage.
Bon WE, Benoît !

Écrit par : Crocki | 21/04/2006

hi salut, entre Dieppe et Paris je viens vous faire un petit coucou. A très bientôt.

Écrit par : jseb59 | 22/04/2006

j'arrive pas à comprendre... ce témoignage est très beau et votre volonté de suivre le Christ aussi.
je comprends la souffrance, les blessures, difficultés, l'incapacité à vivre un amour avec une femme, etc.
encore une fois, je ne juge pas et Dieu n'est pas venu pour juger.
et pourtant je ne peux m'écarter de la pensée que vivre avec une personne du même sexe, ce n'est pas le plein accomplissement du dessein de Dieu sur cette terre. ya quelque chose comme un manque, une réduction ou une incapacité.
Désolé de dire cela, je ne sais comment m'exprimer. espérant que cela ne vous blesse pas trop...

Écrit par : Joël | 27/04/2006

Moi non plus Pour tous: mecri de vos témoignages et réactions, merci de les partager ici.
Pour Joël: moi non plus, je n'arrive pas à comprendre, tout simplement parce qu'il n'y a rien à comprendre. A mon avis, les personnes non concernées par l'homosexualité traintent souvent l'homosexualité de façon inappropriée, car elles traitent d'une question sous les aspects psychologiques, bibliques, philosophiques, et ce n'est pas la bonne approche à mon sens. En effet on traite ainsi les homosexuels en objet et non en sujet. En clair: je suis homosexuel, et je peux assurer que c'est foncièrement structurel en ce qui me concerne. C'est un fait, pour moi et l'homosexuel que je suis comprends l'incompréhension que cela peut susciter. J'ajoute que je ne suis pas certains que tous les hétérosexuels "s'accomplissent" mieux que les homosexuels.
Enfin, il est vrai que les homosexuels "parlent la même langue" et peuvent se comprendre.
Tu sais Joël, sans vouloir à mon tour te choquer ou choquer qui que ce soit, des fois, quand je vois un homme aimer une femme, je n'arrive pas à comprendre...et franchement, tu sais que je suis sincère en disant cela...
Bien à vous

Écrit par : Benoît | 27/04/2006

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